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Le nouveau cap de la sophrologie caycédienne

Article de Resus Posté le 23-06-2017 Journal: "Thérapie et Sophrologie"   France

Le nouveau cap de la sophrologie caycédienne


Extrait du site d'Hervé Bassanino,  « Axiologos ». 

Le nouveau cap de la sophrologie caycédienne®

Un changement de cap important a été opéré ces dernières années au sein de la sophrologie caycédienne® sans que les sophrologues n'y prêtent attention, voire dans une indifférence surprenante face au phénomène. Le changement dont il s'agit concerne l'évolution - pour ne pas dire la modification - de la définition du terme « sophrologie » telle qu'elle avait été établie à l'origine par le Professeur Alfonso Caycedo.

Loin d'être anodine, cette évolution ouvre la sophrologie caycédienne® sur le champ du « mieux-être » ou « bien-être » en général, champ qui était jusqu'alors la conséquence de l'objectif premier qu'elle s'était fixé, celui de l'étude de la conscience et des valeurs de l'existence.

Au travers de l'étude comparative des deux définitions (authentique et nouvelle) du terme « sophrologie » données par la Fondation Alfonso Caycedo® au cours de son histoire, nous allons envisager les conséquences d'un tel changement.

Depuis sa création, la sophrologie a été définie comme une « discipline qui étudie la conscience et les valeurs de l'existence de l'être, par des procédés propres et originaux. » [1]. Dans le Code de Déontologie de la Sophrologie et de la Sophrologie caycédienne®, le Professeur Caycedo précisait que son intention fut de créer une « discipline de recherche de la conscience pure et des valeurs de l'existence [?] ».

Or, depuis ces dernières années, la sophrologie caycédienne® a été redéfinie comme « un entraînement du corps et de l'esprit pour développer sérénité et mieux-être ». Sur son site internet dernièrement modifié, la Fondation Alfonso Caycedo® indique que « La sophrologie caycédienne® est une discipline qui aide chacun à développer une conscience sereine au moyen d'un entraînement personnel basé sur des techniques de relaxation et d'activation du corps et de l'esprit [2]. Elle se fonde sur l'observation et l'étude de la conscience, de la perception corporelle et de la relation corps-esprit, ainsi que leur influence sur le mode de vie. Son objectif est d'aider à renforcer les attitudes et valeurs positives au quotidien, dans le champ professionnel comme personnel, ainsi que de développer les capacités de gestion active du stress et des émotions négatives ».

Observons la différence d'objectif qui apparaît entre ces deux définitions :

Dans la première - définition authentique - la sophrologie caycédienne® se donnait pour objectif l'étude et la recherche (de la conscience et des valeurs de l'existence).

Dans la deuxième - nouvelle définition - la sophrologie caycédienne® se donne pour objectif le développement de la sérénité et du mieux-être, l'aide au développement d'une conscience sereine, l'aide au renforcement des attitudes et valeurs positives au quotidien, le développement des capacités de gestion du stress et des émotions négatives.

Relevons que l'acte d'étudier ou de rechercher (présent dans la première définition) est différent de l'acte de développer ou d'aider (présent dans la seconde définition). Le premier comprend une intention radicale de retour à la source ou au fondement, alors que le second comprend une intention de déploiement et d'utilisation. Nous pourrions même dire que le premier est la condition de possibilité du deuxième.

C'est parce que le chercheur a étudié un virus et travaillé sur sa structure qu'un vaccin pourra être développé ; c'est parce que le musicien a travaillé et recherché des accords harmonieux qu'il pourra composer et développer son art ; c'est parce que la société pétrolière a cherché - et trouvé - un nouveau gisement qu'elle pourra exploiter les richesses souterraines et développer son activité.

Dans quelque domaine que ce soit (la science, l'industrie, l'enseignement, etc.) le développement repose sur l'étude et la recherche préalable de la matière ou la discipline en question.

De même, c'est parce que le sophrologue étudie (par une pratique opérative) le phénomène de conscience dans ses conditions d'apparaître qu'il saura et pourra d'autant mieux accompagner et aider le sophro-pratiquant sur son propre chemin de dévoilement de la conscience.

Il est important de noter que dans la nouvelle définition de la sophrologie caycédienne®, l'étude de la conscience devient un moyen et non plus l'objet premier ou objectif de la discipline. Dorénavant, la sophrologie « se fonde sur » l'observation et l'étude de la conscience.

Certes, ce changement majeur pourra rester anodin aux yeux des sophrologues les moins rigoureux. Pourtant, re-définir signifie définir une nouvelle fois, définir à nouveau. Et définir, c'est énoncer la nature, les qualités, les propriétés essentielles de l'être ou de la chose que le mot désigne [3]. Ainsi, re-définir c'est changer la nature de ce dont il s'agit.

Aussi, les sophrologues formés à l'Ecole « Scientifique » Caycédienne (qualifiée ainsi par le Professeur Caycedo) et tous ceux pour qui la compréhension de la méthode et le sens des mots ont une valeur, ne pourront pas s'empêcher de questionner le changement opéré.

Pourquoi avoir redéfini la sophrologie ?

Nous ne le savons pas, ou plus justement, nous n'avons pas mémoire qu'une communication ait été diffusée à ce sujet. Sauf erreur de notre part, la revue trimestrielle de la Fondation est vierge de toute allusion aux raisons de ce changement.

Quelles sont les conséquences de ce changement de définition ?

Tout d'abord, relevons que les termes employés dans la nouvelle définition (sérénité, mieux-être, relaxation, attitudes positives, gestion du stress, gestions des émotions) s'adaptent davantage au langage et aux attentes du grand public majoritairement friand et consommateur de « mieux-être », ou « bien-être » en général. Du reste, ces mots résonnent particulièrement avec ceux employés depuis des années par les autres formes de sophrologies. Et en ce sens, la nouvelle sophrologie caycédienne® se rapproche de ces dernières, au moins d'une façon sémantique.

Elle s'en rapproche également dans la diffusion d'entraînements sur supports numériques comme peuvent le proposer d'autres écoles de sophrologie qui négligent l'intérêt et les effets de l'alliance sophronique (pourtant condition majeure de la transformation du sophro-pratiquant).

Cela est regrettable car chaque école qui diffuse auprès du public ces produits participe à la dévalorisation de la raison d'être du sophrologue, des bienfaits de son intervention et de son accompagnement spécifique (notamment son savoir-faire et savoir-être). A quoi bon rencontrer un sophrologue si celui-ci peut être remplacé par une clef USB, un CD audio, voire une application pour smartphones avec entraînements payables à la séance ?!

Par ailleurs, même si le terme « thérapie » ou « thérapeutique » n'a jamais été employé pour définir la sophrologie, il semblerait que la nouvelle sophrologie caycédienne® s'oriente sur ce champ et ceux connexes tels que la « gestion du stress », la « gestion des émotions », etc.

Observons que le contenu - approuvé en son temps par le Professeur Caycedo - des symposiums organisés jadis par le feu Syndicat National des Sophrologues, comprenait des sujets relatifs à la recherche et au travail sur la méthode sophrologique elle-même. En 2006, lors du dernier symposium dont le thème concernait les Valeurs Ethiques, l'apport d'éminents philosophes tels que le Professeur Jean-François Lavigne [4] avait été d'une grande richesse.

Mais aujourd'hui, au-delà de la simple diffusion des 12 degrés de la Relaxation Dynamique de Caycedo®, au-delà de la publication de comptes rendus statistiques et articles visant à vanter les mérites de la sophrologie, qui questionne techniquement et  philosophiquement la méthode Isocay®, notamment en ses fondements phénoménologiques ?

C'est pourquoi, de tout ceci notamment, nous dirions que la sophrologie caycédienne® prend depuis ces dernières années un nouveau cap, un cap grand public, un cap vers la vente de plus de bonheur, de plus de « bien-être ». Et pourquoi pas ? Ses nouvelles instances dirigeantes ont toute légitimité pour la redéfinir dans ses objectifs et son projet de développement.

Cependant, en lien avec ce changement de définition, nous souhaiterions exprimer un doute quant à la recevabilité du nouveau slogan « Sophrologie Caycédienne, Sophrologie Authentique ».

En effet, en son sens de « conforme à l'original » [5], nous dirions que le terme « authentique » n'est pas fondé à être employé, dans la mesure où la sophrologie caycédienne® a été, d'une part, désorientée de son objectif originel, celui de l'étude de la conscience et des valeurs de l'Être (conformément à sa devise initiale « Ut conscientia noscatur ») et d'autre part, redéfinie dans ses intentions et objectifs.

A l'instar du célèbre aphorisme d'Alfred Korzybski « une carte n'est pas le territoire », il est important de ne pas se payer de mots et de repérer la réalité qui se cache sous ces symboles. Toute affirmation - surtout si elle concerne un chemin d'éveil de conscience - doit être mise à l'épreuve d'un éclairage philosophique (et précisément phénoménologique en ce qui concerne les sophrologues) afin de vérifier sa cohérence et sa validité. A défaut, elle resterait une annonce vide de sens, voire un slogan publicitaire.

Toujours reconnaissants de l'oeuvre créée par le Professeur Caycedo, nous dirions que la sophrologie « authentique » est celle enseignée par toute école (« caycédienne » ou non) ou pratiquée par tout sophrologue se donnant pour objectif l'étude la conscience et les valeurs de l'existence de l'être, notamment au moyen de la phénoménologie, l'axiologie et l'herméneutique. Ceci dit, les autres formes de sophrologie qui se donnent pour objectif le développement de la sérénité, le mieux-être, la relaxation, les attitudes positives, la gestion du stress et des émotions, enseignées par toute école (« caycédienne » ou non) ou pratiquées par tout sophrologue conservent l'intérêt que le sophro-pratiquant y trouvera.

Hervé Bassanino

(9 mars 2015) sur le site Axiologos

Notes et Références :

1) Code de Déontologie de la Sophrologie et de la Sophrologie Caycédienne® - Professeur Alfonso Caycedo - p. 6

2) Site internet Sofrocay : http://www.sofrocay.com/fr/content/quest-ce-que-la-sophrologie

3) http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/d%C3%A9finir/22691

4) Jean-François LAVIGNE est Professeur de Philosophie, spécialisé en philosophie contemporaine, ontologie et phénoménologie. Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, Agrégé de philosophie (1983) et Docteur ès Lettres (2000), il enseigne à l'Université de Nice Sophia Antipolis depuis septembre 2003. Il a dirigé le Centre de Recherches d'Histoire des Idées de l'université de Nice en 2004 et 2005. Il est également chercheur associé aux Archives Husserl de Paris (UMR CNRS 8547) et membre de l'Académie des Sciences et Lettres de Montpellier.

5) Source : Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales :

http://www.cnrtl.fr/lexicographie/authentique

 



Voir ce site: http://www.axiologos-sophrologie.fr/PBCPPlayer.asp?ID=725382

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